J'espérais la fin de la convalescence
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J'espérais la fin de la convalescence

Par CAPCAP - 12-05-2019 15:38:56 - 4 commentaires

J'espérais la fin de la convalescence

En effet, de mes 15 ans à aujourd'hui, je me traîne une humeur plus ou moins dépressive issue de ma difficulté à accepter mon homosexualité dans cette société. Je ne suis jamais vraiment sorti de l'adolescence, dans ce sens que je n'ai jamais fait complètement le travail de socialisation adulte et je reste bien handicapé de ce côté là.

A 30 ans, j'ai commencé à faire du sport grâce à la découverte de la course à pied, enfin un sport où on n'est pas en compétition avec les autres! 15 ans d'efforts, de sueur, de bonheur! Ceci m'a aidé à me socialiser, à prendre un peu d'assurance.

Au fil des ans et des thérapies (le terme fait rire jaune quand on pense que ça ressemble aux saignées sous Molière) je vais quand même un peu mieux. Mais je suis toujours à peu près incapable de flirter avec un homme, même au sein d'un club LGBT. Du coup ma vie sexuelle et sentimentale est atone.

On m'a fait découvrir la méditation et Eric Baret. Ça a bien nourri ma vie ces derniers mois. Mais l'objectif de renoncer à sa prétention d'une raison d'être n'est pas facile.
Lors d'une merveilleuse retraite de méditation, j'ai réduit les antidépresseurs de moitié comme évoqué avec mon psy, car j'avais oublié mon chlorure de magnésium qui me permet de maîtriser mon SJSR, effet secondaire de la prescription. Et une semaine après, je ressens le manque. Le manque chimique d'une part. Mais aussi en mal de ressenti sportif, du fait de mon insuffisance cardiaque. Ensuite en mal d'amitié et d'amour. En manque de contact charnel.

Bien évidemment, j'ai remonté le dosage d'antidépresseur à la prescription de mon généraliste. Reste à patienter...

Mais je profite de cette mésaventure pour pousser un cri: quand mettra-t-on en place un minimum de prévention psychologique?

15% des populations souffrent d'une mauvaise santé mentale, soit environ 10 million de français.

Et au lieu d'essayer de prendre les problèmes en amont, là où ils sont les moins difficiles à traiter, on attend que les gens soient suffisamment mal pour les envoyer à l'hôpital psy où ils coûtent une fortune à la collectivité.

Quand est-ce que les différentes écoles de thérapie reconnaitront d'être assez inefficaces et d'avoir l'humilité de s'unir pour évaluer les soins et envisager un avenir plus clair à la santé mentale?

On est comme à l'époque de Molière: on fait parler le malade pour faire sortir le mal, comme on saignait les malades à l'époque du "Médecin malgré lui"

Les généralistes, eux, essaient de pallier à l'urgence par la prescription de petites pilules. Mais combien de temps ont-ils passé à la fac sur les sujets psy? A peine un instant! Ils ne savent (presque) rien sur la santé mentale. Juste prescrire des antidépresseurs.
Et qui pour les aider? Personne. Personne pour évaluer le problème du patient, pour envisager la thérapie la plus adaptée, pour orienter ce dernier vers un professionnel. Personne pour apporter une "bourse" au patient qui ne peut pas payer un traitement pris en charge à 0% la plupart du temps.

Sinon, il faut prendre son ticket au Centre Médico-Psychiatrique et attendre... attendre des mois pour avoir une place avec un professionnel surchargé.

Non, le système de soin français n'est pas bon, puisqu'il néglige la santé mentale.


J'espérais la fin de la convalescence

Oui, je pensais quand même aller mieux et pouvoir vivre un peu, plutôt que survivre dans mon mal-être.

Et puis ce prolapsus mitral est arrivé. S'en suit une insuffisance cardiaque qui m'empêche de monter dans les tours. Il n'y a pas si longtemps, je faisais des 200m sur piste à 16 km/h environ, aujourd'hui je peine à 11,3km/h...

Je n'ai plus aucun ressenti de l'effort, ce bien-être lié aux endorphines, au plaisir d'une bonne séance, où on s'est bien donné. Je sais, je devrais me dire que j'ai la chance de pouvoir courir. Mais je me sens privé de dessert. Un peu comme si on avait réduit mes antidépresseurs. Un des rares aspects un peu goûtus de ma pauvre vie a disparu.

Et quand on est gay, voir les autres hommes s'adonner avec joie et force à la CàP, c'est la double punition. J'ai tendance à me sentir nul et non-désirable.

Bon, je finirais presque par espérer que ma prochaine échocardiographie d'effort montrera que je dois passer sur le billard pour bricoler ma valve mitrale, en espérant pouvoir retrouver du souffle après.

S'en suivrait une convalescence cardiaque, bien sûr, qui me permettrait sans doute, enfin je l'espère, de reprendre ma convalescence psychologique.

Et si j'arrive à trouver un peu d'énergie dans tout ça, j'aimerais militer pour que le gouvernement, quel qu'il soit, mette en place un système minimal de prévention en santé mentale.

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4 commentaires

Commentaire de L'Dingo posté le 13-05-2019 à 13:32:56

Salut CapCap,

Une des réponses à ce que tu exposes dans la description de ton "mal-être" , tu l'exprimes par toi-même:
"Je sais, je devrais me dire que j'ai la chance de pouvoir courir. Mais je me sens privé de dessert."

Puisque tu est féru de lecture je t'invite à lire Marc-Aurèle et aller à la rencontre de Kikous sur la No Finish Line à Paris pendant une bonne poignée de tours.

sympatiquement ;-)



Commentaire de neofoxy posté le 14-05-2019 à 00:44:49

A la question: "quand mettra-t-on en place un minimum de prévention psychologique?"
Je dirais que déjà si on supprimait (de l'entreprise) une partie des harceleurs et chefs qui se la jouent en prenant les autres pour des chiens il y aurait déjà la moitié des dépressifs en moins à mon avis.

Commentaire de neofoxy posté le 14-05-2019 à 00:46:05

Mais au lieu de cela, on les promeut.... Génial

Commentaire de CAPCAP posté le 15-05-2019 à 23:14:07

Merci pour vos commentaires encourageants.
Oui j'avais plus que commencé "Pensées à moi-même"... mais il y a une différence entre comprendre intellectuellement quelle direction prendre... et réussir à la prendre.
J'ai toujours un sentiment honteux quand je revoie ce que j'ai écrit...
Mais quand ça me prend, c'est comme un besoin impérieux.

Comme le dit Boris Cyrulnik, "il faut faire le récit de soi". Ceci dit et vivant seul, j'ai moins de scrupules à vous faire part de mes réflexions intimes sur ce blog. Me lise qui veut.

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